Anachronique : le président du Medef dit « merci l’Europe »

On se demande comment il est possible d’être aussi déconnecté des réalités et autant sourd et aveugle à la fois.

Alors que l’Europe est au bord de l’implosion et que l’Euro vit ses derniers jours, le nouveau président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux (GRDB), annonce qu’il fera campagne pour les élections européennes et que dans son élan, il va lancer une campagne de communcation intitulée … accrochez-vous bien ….  » Merci l’Europe ».

RDB

« Tout part du règne du dollar qui est la monnaie d’échange internationale. A moyen terme, il faut absolument que l’euro devienne une alternative au dollar. Il faut plus d’Europe et plus d’intégration économique. Les français et ceux qui sont contre l’Europe doivent comprendre qu’on sera mieux protégé par une Europe plus forte qui puisse être capable de faire le bras de fer et la guerre commerciale. »

« On va lancer une campagne qui s’appelle « Merci l’Europe ». On va faire parler nos salariés et entrepreneurs pour que les français comprennent que l’Europe a certes des défauts, mais elle a apporté, depuis 30 ans, de la prosperité. »

Soit il croit à ce qu’il dit, et alors on est en présence d’un idiot illuminé, soit il prend les gens pour des imbéciles et dans ce cas il tente très maladroitement de leur faire avaler des couleuvres.

La fédération des banques trône en très bonne place au conseil exécutif du Medef et sa contribution financière est vitale pour l’organisation, aussi on se doute bien que GRDB n’a pas d’autre choix que de s’en tenir à la position pour laquelle elle milite et donc de la défendre. Les banques françaises sont en déroute et leur survie ne tient qu’au soutien de la BCE, raison pour laquelle elle militent en ce sens.

Mais de là à faire du zèle et aller jusqu’à demander aux salariés de chanter en choeur « merci l’Europe », il y a un pas de géant que le nouveau président du Medef n’hésite pas à faire. Un pur délire, un déni total et, surtout, le meilleur moyen de se décridibiliser durablement aux yeux des français et des entrepreneurs, les vrais, les patrons qui misent leur propre argent.

Ceux là, ceux qui subissent au quotidien les dégats causés par la politique européenne, par la perte de compétitivité du pays, par l’explosion des déficits qui conduit l’Etat a sans cesse augmenter les charges, par le comportement irresponsable qui conduit les banques à ne plus pouvoir prêter d’argent aux entreprises, par les pratiques concurrentielles prédatrices … ceux là ne chanteront pas « merci l’Europe ».

Quand aux salariés qui s’apprêtent à manifester le 17, ils vont sacrément se fendre la pipe quand ils vont découvrir la campagne d’endoctrinement nord-coréenne du Medef et je souhaite bon courage à leur patron pour la leur présenter … ha ha ha…

Comment l’organisation patronale de l’avenue bosquet peut-elle être aussi éloignée de ses bases, ignorer à ce point la réalité et surtout l’opinion de ses adhérents in-fine, les entreprises et les entrepreneurs ?

On devine que le Medef espère discrètement monnayer son soutien au gouvernement contre des mesures d’allègement en faveur des grandes fédérations adhérentes (banques, assureurs, métalurgie, produits pétroliers, bâtiment …) pour lesquelles il doit déjà négocier en sous-main dans les cabinets ministériels.

Tactiquement, ce n’est pas idiot à court terme et l’on peut leur souhaiter, sans grande conviction, qu’ils parviennent à arracher une ou deux mesurettes supplémentaires, mais dans la mesure où les finances du pays sont au plus bas et que le déficit courant explose, autant se dire que le retour de bâton ne tardera pas à revenir tel un boomerang.

En raison de sa relative jeunesse, on aurait pu espérer du nouveau président qu’il insufle une nouvelle politique, moins court-termiste et moins « pro CAC 40 », qu’il rassemble les entrepreneurs autour de lui et qu’il porte une vision et un projet pour la France et ses entreprises.

Aussi, il est désolant de se dire qu’il ne se passera rien de ce côté là non plus et il y a fort à parier qu’en se lançant tête baissée, tel l’ancien soldat qu’il est, dans une campagne de propagande anachronique qui sera vécue comme une trahison de la part des entrepreneurs, le nouveau président du Medef s’apprête à jeter le Medef dans une crise profonde qui le conduira à son implosion.

 

 

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