Chute des banques : l’été sera chaud !

Tandis que les français sont en vacances, la vie continue sur les marchés et c’est un véritable bain de sang qui se prépare pendant que tout le monde se prélasse.

Hier encore, le journal Les Echos se fendait d’un article surréaliste, titré « Pourquoi les banques européennes ont encore du mal à convaincre en bourse« , et signé par un certain Sharon Wajsbrot (@sharonwaj).

Vraiment pas de chance pour l’auteur, son article se trouvait démenti par les faits dès le lendemain, c’est à dire aujourd’hui, la perspective d’un défaut de la Turquie sur sa dette souveraine se précisant avec la chute de la devise. Vraiment, pas de bol 😉

Dès le 29 mai, j’écrivais ici :

« Depuis, les dominos tombent les uns après les autres, les banques européennes étant plombées par leurs bad dettes, qu’il s’agisse des prêts obligataires consentis aux états de l’UE, d’entreprises insolvables (particulièrement en Italie) ou bien encore à la Turquie dont le cours de la monnaie s’effondre avec une perspective quasi-certaine de défaut qui va contraindre les banques prêteuses à passer des pertes gigantesques dont les montants sont supérieurs à leurs fonds propres. »

J’en reparlais encore le 17 juin ici en ces termes :

 » Dans un article fort intéressant (comme toujours quand c’est de lui), Charles Gave expliquait le 28 mai dernier à quel point la crise de la dette turque aurait prochainement des impacts énormes sur les banques européennes. Je le cite :  » … D’après les statistiques officielles (qui sous estiment toujours la réalité) la Turquie aurait emprunté environ 450 milliards de dollars à des banques…principalement européennes et je n’ai pas le moindre doute que nous allons y retrouver les suspects habituels tels la Deutch Bank, le Crédit Agricole, ING, Unicredit ou la Socgen. » « 

Aussi, il n’y a que les aveugles et les ignares pour nier encore la gravité de la situation qui se déroule sous nos yeux et pour oser encore écrire des articles aussi incohérents et stupides que celui dont c’est fendu ce journaliste hier.

Tant pis pour ses lecteurs qui auront vu dans sa publication un signal d’achat sur les banques européennes, ils en seront de -4,75% de leur poche sur Deutsche Bank rien que pour la journée d’aujourd’hui, de -4,52% sur la BNP et de -3,07% sur la Société Générale, rien que pour parler des exemples des banques que j’ai shootées et dont je suis et j’évoque les cours de près depuis plusieurs mois sur ce blog. Et c’est pas fini, l’été ne fait que commencer !

banques 10 08

Ce qui se passe aujourd’hui n’avait donc rien d’imprévisible et n’est juste que le premier soubresaut de la grande chute en cascade des banques européennes qui se prépare.

La raison en est pourtant simple à comprendre :

Du fait des accommodations et des tripatouillages de la BCE, des états membres et des banques européennes, ces dernières ne respectent absolument pas les critères de Bâle, pourtant très simples, qui exigent des banques qu’elles possèdent à minima 10% de fonds propres tangibles couvrant les montants de leurs engagements.

L’Europe a en effet « transposé » les règles de Bâle en les vidant de leur sens et de leur intérêt, au moyen notamment de l’article 92 du Capital Requirements Regulation, lequel leur permet de pondérer leurs engagements selon des ratios fantaisistes et fixés par ce triumvirat lui même. Ainsi, par exemple, les dépôts auprès des banques centrales sont-ils considérés comme ne présentant aucun risque, dont totalement exclus de la pondération. De même, les dépôts auprès des autres banques sont-ils pondérés selon le rating de ces dernières, et comme on a vu dans l’article des Echos mais aussi à l’issue des stress tests bidons de la BCE que tout se petit monde se notait bien entre eux, la pondération est-elle à la hauteur de l’estime qu’il se portent.

Les régulateurs américains, eux, ont bien su tirer les leçons de la crise de 2007 et ils n’ont donc pas adopté des mesures dangereuses de contournement de Bâle comme l’ont fait les banquiers européens avec le CRR.

Bilan : alors que la grande majorité des banques américaines respectent les critères des règles de Bâle, les banques européennes ont des fonds propres ridiculement bas qui les exposent très dangereusement à toute défaillance systémique à laquelle elle ne pourront absolument pas résister. Ce qui se passe aujourd’hui révèle au grand jour ce qui figurait depuis longtemps dans les comptes des banques et ce que tout le monde savait.

Par exemple, mais on découvrira bientôt qu’il n’y a pas qu’elle, la BNP est considérablement exposée à la dette Turque et le simple fait de la dévaluation de la livre Turque provoque des pertes considérables qui n’avaient pas été provisionnées, ni qui n’étaient couvertes en raison des accommodations réglementaires que j’ai évoqué plus haut. Quand au risque d’un défaut de la Turquie, qui se précise, il aurait comme conséquence de faire perdre plus de 30 milliards d’euros à cette banque dont les fonds propres ne sont que de 60 milliards pour un total bilan de plus de … 2.000 milliards !

Il y a d’ailleurs fort à parier que la Deutsche Bank, qui est généralement présente dans tous les mauvais coups, soit très considérablement exposée elle aussi. Je prends les paris.

Ce qu’il est « amusant » de constater, c’est combien les gens de la BCE nous prennent pour des imbéciles en déclarant ce matin qu’ils s’en inquiètent, comme si ils le découvraient.

Cet été, décidément, il va y avoir du sport, et certains risquent de trouver porte close en allant à leur banque chercher leurs économies au retour des vacances.

En attendant, profitez-en bien …

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Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

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