Altice (SFR) contracte une nouvelle dette, la presse annonce tout le contraire

Voila une nouvelle dont le traitement illustre parfaitement la piètre qualité de l’information qui nous est diffusée.

On apprend ce matin que le groupe super-endetté (50 milliards !) Altice-Sfr a cédé 49,99% de ses pylônes d’antennes mobiles à un fond privé (KKR), « allégeant ainsi sa dette ».

A en croire les journalistes, ce serait une excellente nouvelle.

Si l’on décode la mécanique de l’opération avec juste un tout petit peu de l’attention qui semble cruellement faire défaut aux « journalistes spécialisés », on s’aperçoit que l’opération est loin d’être celle qui nous est présentée, laquelle, sous l’effet des commentaires de la presse, a fait bondir le titre hier piégeant ainsi les naïfs et crédules lecteurs et auditeurs des médias mainstream.

Résumons la situation :

  • SFR possédait des pylônes sur lesquels sont installés ses antennes ;
  • SFR apporte ses pylônes dans une filiale et un fond investit 2 milliards pour posséder 49,99% de cette filiale (donc des pylônes)

Question : mais où SFR va t’elle installer ses antennes désormais puisqu’elle ne possède plus ses pylônes ?

Réponse : ben sur les pylônes de la filiale pardi !

Dès lors, SFR devra payer un loyer à la filiale en question, loyer qu’elle ne payait pas jusqu’à présent puisque les pylônes lui appartenait. Elle a tout simplement fait ce que l’on appelle un leaseback -une opération courante que tout journaliste économique stagiaire devrait connaître- et s’il est vrai qu’elle a rentré du cash qui lui permettra de rembourser immédiatement une infime partie de ses dettes à court terme, elle vient de souscrire une nouvelle dette de 2 milliards sur 20 ans.

La rentabilité de SFR se trouvera donc mécaniquement amputée de ces nouveaux loyers qu’elle devra payer pour la modique somme de … environ 200 millions par an. (4 milliards à 5,5% sur 20 ans – voir ci-dessous).

Si l’on y regarde de plus près et que l’on écoute ce qu’a déclaré Alain Weill le PDG de SFR, on s’aperçoit aussi que les pylônes ont été cédés à 18 fois l’Ebitda (disons la marge pour simplifier), ce qui revient à dire que le lease-back s’est négocié aux alentours de 5,5% (1 divisé par 18), ce qui est un taux bien plus élevé que le taux auquel la société avait emprunté à l’époque de sa splendeur, et bien plus élevé que le taux auquel une société « saine » emprunte actuellement puisque les taux sont historiquement bas comme on ne cesse de nous le répéter pour tenter de nous convaincre d’investir dans l’immobilier.

Donc, pour nous résumer, Altice rembourse 2 milliards qu’elle avait emprunté à 2% grâce à un nouveau prêt de 2 milliards à 5,5% et SFR devra payer des loyers à la filiale valorisée à 4 milliards (chiffres arrondis).

Voila l’information telle qu’elle aurait dû être présentée très simplement et il y a fort à parier que si elle avait été expliquée de cette manière, le cours de l’action aurait plutôt baissé que monté. En tous les cas, je n’y vois rien de bien rassurant si ce n’est que l’échéance du remboursement des dettes colossales de la société sont repoussées encore et toujours plus loin.

Au delà du cas concret de cette société qui, il est vrai, se distingue singulièrement par la complexité de ses montages financiers acrobatiques (voir l’article de La Lettre A : Luxembourg : petit ménage de printemps dans les holdings d’Altice), cet exemple me semble parfaitement illustrer le fait qu’il ne faut pas s’en tenir à la lecture béates et naïve des communiqués de presse et des dépêches AFP qui sont bêtement repris par des journalistes auxquels ont ne demande plus de réfléchir et qui, au fil du temps, ont perdu ce qui faisait la valeur de leurs analyses. Il appartient à chacun d’entre nous de se documenter, de chercher à comprendre, et surtout, de n’investir que lorsqu’il a le sentiment de bien comprendre le secteur d’activité, le fonctionnement de l’entreprise et la vision de son management.

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Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

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