Quand le très sérieux et prudent Financial Times évoque l’imminence d’un Krach boursier, c’est que les choses se précisent

Il y a quelques jours, le Financial Times, journal généralement prudent, publiait un article évoquant l’explosion prochaine du système financier en raison de la probable faillite des banques systémiques.

Je cite (traduit de l’anglais) :

 » Plus d’une douzaine des plus grandes banques du monde ont glissé dans un marché baissier, mettant en évidence les risques pour l’économie mondiale alors même que les indices boursiers atteignent de nouveaux sommets et que la Réserve fédérale se prépare à relever les taux d’intérêt.« 

…..

 » Parmi les 39 «Sifis», institutions financières considérées comme importantes du point de vue systémique par le Conseil de stabilité financière basé à Bâle, 16 sont en baisse de plus de 20% par rapport à leurs derniers sommets en dollars, répondant à la définition standard d’un marché baissier.

Il s’agit de Deutsche Bank, de Nordea, d’ICBC, d’UniCredit, de Crédit Agricole, d’ING, de Santander, de Société Générale, de BNP Paribas, d’UBS, de Agricultural Bank of China, d’AXA, de Mitsubishi UFJ Financial Group, de Credit Suisse et de Prudential Financial.

Si ces banques sont censées avoir une importance systémique, les décideurs devraient les surveiller pour voir ce qui se passe.« 

…..

et de poursuivre :

… selon Ian Harnett, chef stratégiste chez Absolute Strategy Research… « l’alerte qu’il a lancée lundi était sa première depuis un avertissement sur les risques inflationnistes en juin 2009, alors que les prix du pétrole augmentaient. M. Harnett a établi un parallèle avec une autre note baissière qu’il a écrite en mars 2007, lorsque les banques européennes ont commencé à sombrer tandis que les non-banques ont marché plus haut.« 

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, les banques systémiques, et en particulier les grandes banques européennes, sont dans une situation catastrophique et inextricable. Les tripatouillages de la BCE et des banques centrales européennes atteignent leurs limites et la planche à billet de la BCE étant en surchauffe, la catastrophe devient inévitable.

Sur son blog que j’ai déjà cité, l’économiste Jean-Pierre Chevallier a réalisé un travail remarquable consistant à éplucher les bilans de ces banques, démontrant ce faisant que leurs fonds propres sont très largement insuffisants et en tous les cas très en dessous des critères de Bâle II et Bâle III contrairement à ce que les fumistes de la BCE tentent de nous faire croire notamment avec leurs stress-tests bidons.

Dès son élection, Trump a qualifié l’Europe d’énorme foutoir (horrible mess) avant de dénoncer l’avantage immérité dont l’Allemagne profite au détriment des USA grâce à la sous-évaluation de l’Euro par rapport à la compétitivité allemande. Puis, il a entrepris de régler cette distorsion en prenant les choses à bras le corps et en nommant un patron de la FED qu’il a chargé de flinguer le système financier européen, ce qui aura pour inévitable effet de faire exploser la monnaie unique qui, il est vrai, est déjà au bord du gouffre.

En augmentant rapidement et constamment ses taux directeurs, la FED re-normalise son propre système financier pendant qu’elle pousse les européens dans des retranchements auxquels ils ne peuvent plus continuer d’échapper. Tandis que les banques américaines sont redevenues solides et capables d’absorber le choc qui se prépare, les banques européennes ont participé à la cavalerie des états qui, en échange, les ont laissé faire n’importe quoi.

Dans un article fort intéressant (comme toujours quand c’est de lui), Charles Gave expliquait le 28 mai dernier à quel point la crise de la dette turque aurait prochainement des impacts énormes sur les banques européennes. Je le cite :

 » … D’après les statistiques officielles (qui sous estiment toujours la réalité) la Turquie aurait emprunté environ 450 milliards de dollars à des banques…principalement européennes et je n’ai pas le moindre doute que nous allons y retrouver les suspects habituels tels la Deutch Bank, le Crédit Agricole, ING, Unicredit ou la Socgen.« 

La FED le sait parfaitement : en augmentant ses taux, elle fait tomber les dominos. La dette turque devient insoutenable par le pays qui ne cesse de relever ses taux et dont la monnaie fond comme neige au soleil, si bien que sa dette souscrite en USD devient chaque jour plus impossible à rembourser. Or, comme Charles GAVE l’a expliqué, cette dette a été très majoritairement souscrite par les banques européennes (sous l’injonction de Merkel) si bien que si même seulement 50% de cette dette devait être provisionnée par les banques européennes au premier rang desquelles Deutsche Bank, Société Générale, BNP et Crédit Agricole, ce seraient pas moins de 225 milliards de provisions supplémentaires à passer, lesquels sont à comparer avec les fonds propres de ces banques.

Pour mémoire, les fonds propres affichés par Deutsche Bank sont de 47 milliards mais comme la banque a « oublié » de provisionner ses prêts non performants (traduisez prêts pourris) pour au moins 22 milliards, ses fonds propres tangibles sont plus probablement d’environ 25 milliards. Même constat pour la BNP qui affiche 75 milliards de fonds propres tangibles quand un retraitement prudent conduit à les estimer à environ 50 milliards. De son côté, la Société Générale fait encore mieux avec des fonds propres d’environ 32 milliards

Voila les principales raisons pour lesquelles les cours des banques européennes plongent spectaculairement, au point que leur capitalisation boursière est inférieure à leurs prétendus fonds propres, ce qui est par nature irrationnel, les fonds propres tangibles étant normalement la valeur minimale d’une entreprise :

DB

On peut par exemple voir ici (sur le site de zone bourse), que la capitalisation de Deutsche Bank est de 19 milliards quand la banque annonce des fonds propres tangibles (c’est à dire diminués des minoritaires et des écarts d’acquisition – goodwill) …

de 47 milliards !

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Cherchez l’erreur !

Tous les investisseurs avisés sont conscients de la situation dramatique des grandes banques européennes et ils prennent leurs jambes à leur cou en achetant des USD et des obligations américaines. Il est affolant de constater, d’un côté comment le marché se prépare, et de l’autre, comment nos élites et élus européens, avec la complicité de la presse, continuent de tenir des propos lénifiants. Ceux qui les écoutent et les croient, qui ne prennent aucune disposition pour se prémunir, seront bientôt les dindons de cette gigantesque farce.

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Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

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